Le démembrement de SCPI consiste à acheter séparément la nue-propriété des parts, avec 20 à 40 % de décote selon la durée, ou leur usufruit, c’est-à-dire les loyers sur une période fixe. Bien monté, il supprime l’impôt sur les loyers côté nue-propriété et le réduit côté usufruit en société à l’IS.
C’est ainsi que j’achète la plupart de mes nouvelles parts depuis 2023 : la nue-propriété à mon nom, l’usufruit avec ma SCI. Voici le mécanisme, les règles fiscales vérifiées en octobre 2026, une simulation chiffrée et les limites du montage.
- Le démembrement de SCPI, c’est quoi exactement ?
- La nue-propriété : une décote et zéro impôt pendant la durée
- L’usufruit dans une société à l’IS : l’amortissement
- Ma stratégie : nue-propriété à mon nom, usufruit dans ma SCI
- Simulation chiffrée sur 100 000 €
- Les clés de démembrement en 2026
- Les risques et limites à connaître
- Comment acheter des SCPI en démembrement
- Mon avis sur le démembrement de SCPI
Le démembrement de SCPI, c’est quoi exactement ?
Une part de SCPI se découpe en deux droits : l’usufruit, qui donne droit aux revenus distribués, et la nue-propriété, qui donne la propriété de la part sans ses revenus. En démembrement temporaire, un investisseur achète l’une, un autre l’autre, pour une durée fixée à l’avance, en général de 3 à 20 ans. Les frais de souscription et le délai de jouissance s’appliquent aux deux côtés.
À l’échéance, l’usufruit s’éteint et le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans rien payer. Cette réunion ne donne lieu à aucun impôt ni droit (article 1133 du CGI).
La nue-propriété : une décote et zéro impôt pendant la durée
Le nu-propriétaire paie une fraction du prix de la part, fixée par la clé de démembrement. Plus la durée est longue, plus la décote est forte. Sur 10 ans, la clé tourne autour de 69 % en moyenne d’après les barèmes publiés par Louve Invest en septembre 2026, soit une décote de 31 %.
- Impôt sur le revenu et prélèvements sociaux : vous ne percevez rien, vous ne déclarez rien. C’est l’usufruitier qui est imposé sur les loyers. En pleine propriété, ces revenus fonciers supportent l’impôt au barème plus 17,2 % de prélèvements sociaux.
- IFI : un bien grevé d’usufruit entre dans le patrimoine de l’usufruitier pour sa valeur en pleine propriété (article 968 du CGI). Le nu-propriétaire n’a rien à déclarer.
- À la revente : les parts relèvent des plus-values immobilières. Pour une nue-propriété achetée puis réunie à l’usufruit à l’échéance, l’administration admet de retenir comme prix d’acquisition la valeur en pleine propriété au jour de l’achat (BOI-RFPI-PVI-20-10-20-10, § 220). La décote n’est donc pas taxée ; seule une hausse du prix de la part l’est, avec l’abattement pour durée de détention (exonération d’impôt après 22 ans, de prélèvements sociaux après 30 ans).
La nue-propriété vise ceux qui n’ont pas besoin de revenus pendant plusieurs années, qui ont une tranche marginale de 30 % ou plus, ou qui sont dans le champ de l’IFI.
L’usufruit dans une société à l’IS : l’amortissement
Une société à l’IS ne peut pas amortir des parts de SCPI en pleine propriété. L’usufruit temporaire, lui, est un droit incorporel qui s’éteint à une date connue dès l’achat, le critère retenu par le Conseil d’État pour admettre l’amortissement d’un élément incorporel (BOI-BIC-AMT-10-20). La société étale donc le prix de l’usufruit sur la durée du démembrement, et cette charge vient en déduction des loyers.
Ce qui reste est taxé à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice si la société remplit les conditions du taux réduit (capital entièrement libéré, détenu à 75 % au moins par des personnes physiques), puis à 25 % (service-public.gouv.fr). Deux points que beaucoup de simulations oublient :
- Sortir l’argent de la société a un coût. Les dividendes supportent le prélèvement forfaitaire de 31,4 % en 2026. Le remboursement d’un compte courant d’associé, lui, n’est pas taxé.
- Les SCPI européennes ne sont pas « exonérées » d’office. L’impôt payé à l’étranger et la méthode de chaque convention fiscale changent le calcul pays par pays : à faire valider par l’expert-comptable.
Ma stratégie : nue-propriété à mon nom, usufruit dans ma SCI
Depuis 2023, je n’achète presque plus mes parts en pleine propriété. J’achète la nue-propriété en nom propre et l’usufruit avec ma SCI, pour optimiser la fiscalité dans les deux sens : à mon nom, ces parts ne produisent aucun revenu imposable ; les loyers sont encaissés par ma SCI, soumise à l’IS, qui détient l’usufruit et l’amortit.
Pour les proportions : sur mon portefeuille SCPI de 219 613 €, la nue-propriété pèse 19 963 € (Épargne Pierre, Cœur de Ville, Comète, PFO) et l’usufruit détenu par ma SCI 8 993 € (Comète, Epsilon 360). Le gros reste en pleine propriété.
Le point de vigilance, c’est l’abus de droit. Être nu-propriétaire et associé de la société usufruitière attire l’attention. L’administration peut écarter un montage à but exclusivement fiscal (article L. 64 du LPF) et, hors IS, pour les actes passés depuis 2020, à but principalement fiscal (article L. 64 A). Pour l’IFI, les parts d’une société usufruitière ne sont valorisées que sur la valeur de l’usufruit, sous cette même réserve d’abus de droit (BOI-PAT-IFI-20-20-30-10, § 40). Chaque côté doit donc avoir sa propre logique économique : une société qui place sa trésorerie sur une durée définie, un particulier qui se constitue un patrimoine sans besoin de revenus.
Simulation chiffrée sur 100 000 €
Exemple fictif. Hypothèses : 500 parts à 200 €, soit 100 000 € en pleine propriété ; démembrement de 10 ans avec une clé de 69 % / 31 % ; taux de distribution de 5 % ; prix de part stable ; société au taux réduit d’IS ; usufruit financé par compte courant d’associé.
| Sur 10 ans | Pleine propriété (TMI 30 %) | Démembrement |
|---|---|---|
| Mise de départ | 100 000 € | 69 000 € (nue-propriété) + 31 000 € (usufruit en SCI) |
| Impôt sur les loyers par an | 2 360 € (47,2 % de 5 000 €) | 285 € d’IS (15 % de 5 000 € – 3 100 € d’amortissement) |
| Trésorerie nette sur 10 ans | 26 400 € | 47 150 € dans la SCI |
| Après sortie de la SCI | sans objet | 31 000 € de compte courant + 16 150 € de dividendes, soit 11 079 € nets |
| Valeur des parts à 10 ans | 100 000 € | 100 000 €, récupérés sans impôt |
| Gain net | 26 400 € | 42 079 € (31 000 € de décote + 11 079 €) |
L’écart est d’environ 15 700 € sur 10 ans. Il est réel, mais moins spectaculaire qu’annoncé ailleurs : l’argent logé dans la société est taxé quand il en sort. L’exemple ne compte ni les frais de la SCI, ni le cashback, ni une variation du prix des parts : avec une société créée pour l’occasion, les honoraires comptables peuvent manger une bonne partie de l’écart. Et avec une tranche à 11 %, la pleine propriété se défend bien mieux.
La vraie référence face à la nue-propriété, qui ne verse rien pendant le démembrement, c’est la pleine propriété dont vous réinvestiriez les loyers chaque année. Pour la chiffrer avec vos propres hypothèses, faites tourner le même capital dans un simulateur d’intérêts composés.
Les clés de démembrement en 2026
Les clés sont fixées par chaque société de gestion et changent dans le temps. Voici les clés de nue-propriété sur 10 ans publiées par Louve Invest en septembre 2026 :
| SCPI | Clé nue-propriété 10 ans | Décote |
|---|---|---|
| Sofidynamic | 59 % | 41 % |
| PFO | 62 % | 38 % |
| Cœur de Régions | 63,5 % | 36,5 % |
| Remake Live | 64 % | 36 % |
| Epsilon 360 | 64 % | 36 % |
| Iroko Zen | 65,5 % | 34,5 % |
| Transitions Europe | 67 % | 33 % |
| Upeka | 68,5 % | 31,5 % |
| Pierval Santé | 75 % | 25 % |
Ne choisissez pas sur la seule décote. Une forte décote sur une SCPI fragile (vacance élevée, petite capitalisation, prix de part au-dessus de la valeur de reconstitution) peut finir en perte si le prix baisse pendant le démembrement. Je regarde d’abord la solidité de la SCPI, puis la clé, et je vérifie la clé en vigueur le jour de la souscription.
Les risques et limites à connaître
- Capital bloqué. Il n’existe pas de marché organisé pour les nues-propriétés de SCPI : partez du principe que l’argent est immobilisé jusqu’à l’échéance.
- Baisse du prix de la part. La décote est calculée sur le prix actuel. Plusieurs SCPI, surtout de bureaux, ont baissé leur prix de part en 2023-2024 : la décote peut être effacée, voire plus.
- Prix de retrait. À la revente, vous touchez le prix de retrait, diminué de la commission de souscription.
- Baisse des loyers côté usufruit. L’amortissement est fixe, les distributions ne le sont pas.
- Coût d’une société à l’IS : comptabilité, bilan, liasse fiscale chaque année.
- Requalification si le montage n’a pas d’autre justification que l’impôt. Je ne suis pas conseiller fiscal : ce montage se met en place avec un expert-comptable.
Comment acheter des SCPI en démembrement
J’achète mes SCPI via Louve Invest, Epargnoo et Corum. Si vous débutez, lisez d’abord mon guide pour investir en SCPI. Pour le démembrement :
- Louve Invest propose la nue-propriété et trouve l’usufruitier en face, automatiquement ; sa place de marché permet aussi à une société d’acheter de l’usufruit. Louve reverse une partie des frais d’entrée en cashback, mais pas sur l’usufruit. Avec le code APPA21, vous recevez 25 € sur votre premier investissement.
- Epargnoo permet aussi de souscrire en nue-propriété et dispose d’un simulateur de démembrement.
- Vous pouvez enfin souscrire directement auprès de la société de gestion, sans cashback.
Mon avis sur le démembrement de SCPI
Quand on n’a pas besoin des revenus tout de suite, c’est à mon avis la façon la plus efficace d’acheter des SCPI : la décote n’est taxée ni à l’échéance ni à la revente, et pendant la durée vous ne payez ni impôt sur le revenu ni prélèvements sociaux. C’est pour ça que mes achats depuis 2023 passent presque tous par la nue-propriété.
L’usufruit en société est un complément, pas une machine à défiscaliser : l’amortissement réduit vraiment l’IS, mais l’argent reste dans la société et il est taxé quand il en sort. À votre place, je commencerais par une nue-propriété de 7 à 10 ans sur une SCPI solide, avec un montant dont vous n’aurez pas besoin avant l’échéance, et je n’ajouterais l’usufruit que si une société à l’IS existe déjà.
- Décote de 20 à 40 % sur la nue-propriété selon la durée
- Ni impôt sur le revenu ni prélèvements sociaux pendant le démembrement
- Nue-propriété hors IFI
- Pleine propriété récupérée sans impôt, décote non taxée à la revente
- Usufruit amortissable dans une société à l’IS
- Capital bloqué jusqu’à l’échéance
- Décote effacée si le prix de la part baisse
- Argent de la société taxé à la sortie (31,4 % sur les dividendes)
- Frais et gestion d’une société à l’IS
- Risque de requalification si le montage est purement fiscal
