Épargne tokenisée : ce qu’un particulier peut vraiment acheter en France

En juin 2026, Amundi, Baillie Gifford et New York Life ont lancé des fonds tokenisés à quelques jours d’intervalle. La tokenisation n’est plus un sujet de conférence crypto. Reste une question terre à terre : qu’est-ce qu’un particulier qui vit en France peut réellement acheter aujourd’hui ?

Ma réponse est courte. Une famille de produits est mûre et accessible : les fonds monétaires tokenisés. Une autre l’est sur le papier, l’immobilier tokenisé, mais elle vient de connaître son premier gros sinistre. Le reste n’est pas encore ouvert aux épargnants français.

C’est quoi, un actif tokenisé ?

Tokeniser un actif, c’est inscrire sa propriété sur une blockchain plutôt que dans le seul registre d’un intermédiaire. La part de fonds, la fraction d’immeuble ou l’obligation devient un jeton (« token ») qui matérialise vos droits.

Ce que ça change, en pratique :

  • Moins de frottements : souscriptions et rachats plus rapides, moins d’intermédiaires dans la chaîne de règlement ;
  • Le fractionnement : entrer avec 1 € dans un fonds monétaire ou 50 € dans un bien immobilier ;
  • La traçabilité : les parts émises sont visibles sur la blockchain.

Le token n’est qu’un emballage. Ce qui compte, c’est l’actif dessous et la structure juridique qui vous en donne la propriété.

Côté cadre, l’Union européenne applique depuis le 23 mars 2023 un régime pilote pour les infrastructures de marché sur blockchain (règlement (UE) 2022/858).

Les fonds monétaires tokenisés : le seul usage mûr

Le principe : un fonds monétaire classique, dont les parts sont émises sur une blockchain. Le rendement suit les taux courts de la BCE, il n’y a pas de blocage et le risque de marché est faible. C’est là que la tokenisation sert déjà l’épargnant : tickets minuscules, mouvements quotidiens, pas de frais d’entrée ni de sortie.

En France, l’acteur de référence est Spiko. C’est la plateforme que j’utilise pour mon cash disponible, et j’ai détaillé mon retour dans mon avis sur Spiko. Spiko annonçait avoir dépassé le milliard de dollars d’encours le 19 février 2026, dont plus de 92 % apportés par des entreprises.

Ce que j’ai relevé sur le site de Spiko en octobre 2026, et qui a changé depuis mes premiers articles :

Spiko Bons du Trésor OPCVM monétaire agréé par l’AMF (Spiko EU T-Bills Money Market Fund), investi en bons du Trésor français
Spiko Euro Depuis le 3 mars 2026 : Spiko Amundi Overnight Swap Fund, géré par Amundi, rendement €STR + 0,40 % net de frais versé par BNP Paribas via un swap
Dépôt minimum 1 €
Frais de gestion 0,25 % par an, sans frais d’entrée, de sortie ni de change
Disponibilité Retrait sans préavis, crédité en J+1 ouvré pour un ordre passé avant 15 h
Dépositaire CACEIS (groupe Crédit Agricole)

La nuance qui compte : Spiko Euro n’est plus un fonds de bons du Trésor. Son rendement est garanti par une banque contrepartie, BNP Paribas, et le fonds détient en échange un panier d’actifs financiers qui sert de collatéral. C’est un montage solide, mais ce n’est pas de la dette d’État. Si vous voulez du risque souverain pur, c’est le fonds Bons du Trésor qu’il faut regarder.

Ce qu’Amundi a lancé en juin pour Ant International, c’est ce produit en version institutionnelle. Le particulier français y a accès depuis 2024 avec Spiko.

Je suis parrain chez Spiko. Le programme rémunère le parrain (50 €) si le filleul dépose au moins 10 000 € dans les 30 jours ; le filleul, lui, ne touche rien. Utilisez le lien si vous voulez me soutenir, sinon passez par le site directement.

Pour situer ces fonds par rapport au Livret A et aux autres solutions de cash, j’ai fait le tour dans mes alternatives au Livret A plein.

L’immobilier tokenisé : prudence

Deuxième famille accessible : le bien immobilier découpé en jetons, qui donnent droit à une quote-part des loyers et, parfois, de la plus-value à la revente.

Atoa est la plateforme française du secteur. Basée à Lyon, elle a financé 14 projets et collecté 5,5 millions d’euros depuis 2023, avec un ticket d’entrée à 50 €. Le 15 juin 2026, Le Journal des Entreprises rapportait qu’Atoa avait obtenu un agrément de l’AMF après 29 mois d’instruction et ouvrait sa distribution aux conseillers en gestion de patrimoine. Les biens sont logés dans une fiducie, ce qui, selon la plateforme, protège les investisseurs en cas de défaillance de la plateforme.

Je n’y ai pas mis d’argent. J’ai épluché le modèle dans mon avis sur Atoa : le point qui me retient, ce sont les frais (une commission sur le prix d’achat du bien et une autre sur les loyers encaissés, de l’ordre de 10 % chacune dans la grille que j’ai relevée), qui mangent une bonne partie du rendement affiché.

Et il y a le contre-exemple. RealT, pionnier américain de l’immobilier tokenisé qui comptait de nombreux investisseurs français, a annoncé le 2 juillet 2026 sa liquidation volontaire. Environ 700 maisons à Detroit, des loyers qui ne sont plus distribués, un procès intenté par la ville pour l’état des biens, des investisseurs en action collective. J’avais alerté sur le scandale de Detroit dans mon avis sur RealT : le token n’a protégé personne, parce que le problème était dans les murs, pas dans la blockchain.

Ma position : poche satellite, pas cœur de patrimoine. La qualité de l’opérateur pèse bien plus que la technologie.

Les lancements de juin 2026 : pas pour vous (pour l’instant)

Les annonces qui ont fait les titres cet été ne sont pas accessibles à un épargnant français :

  • Amundi, CACEIS et Ant International (15 juin) : des classes de parts tokenisées de l’Amundi Money Market Fund – Short Term, en euros et en dollars, développées pour la gestion de liquidité interne d’Ant International. CACEIS joue le rôle d’agent de transfert et de tokenisation.
  • Baillie Gifford (22 juin) : le Baillie Gifford Enhanced Yield Fund (BAGEY), fonds d’obligations d’entreprises à courte duration, émis nativement sur Ethereum et Solana avec BNY. Il est réservé aux investisseurs éligibles au Royaume-Uni, en Suisse et aux îles Caïmans.
  • New York Life Investment Management (30 juin) : avec Centrifuge, la tokenisation de sa stratégie d’obligations américaines à haut rendement, souscriptions et rachats en USDC, pour investisseurs éligibles. Le gérant revendique environ 807 milliards de dollars d’encours au 31 mars 2026.

Ces produits suivent la voie ouverte aux États-Unis par Franklin Templeton (fonds monétaire on-chain depuis 2021) et BlackRock (fonds BUIDL, lancé en mars 2024). Les grands gérants construisent leurs futurs fonds sur blockchain, mais entre un lancement pour professionnels et un produit souscriptible depuis la France, il se passe en général des années.

Les risques réels

  • Le risque de l’opérateur : RealT montre qu’un écosystème jeune peut s’effondrer sur une gestion défaillante. Vérifiez qui détient l’actif (dépositaire, fiducie) et qui le surveille (AMF, ACPR).
  • Le risque de contrepartie : sur un fonds à swap comme Spiko Euro, votre rendement dépend d’une banque. Faible, pas nul.
  • La liquidité : « échangeable 24 h/24 » ne veut pas dire « acheteur garanti ». Sur l’immobilier tokenisé, prévoyez de porter jusqu’au terme.
  • La fiscalité : un fonds monétaire détenu en direct n’a pas l’abri d’une assurance-vie ou d’un PEA. La plus-value réalisée au rachat est soumise au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux) en 2026.
  • La confusion avec la crypto : un token adossé à un fonds agréé n’a rien à voir avec un altcoin. Vérifiez l’agrément sur les listes de l’AMF avant d’envoyer un euro.

Mon avis : ce que je ferais à votre place

1. Commencer par le monétaire tokenisé, pour le cash qui dépasse vos livrets réglementés. C’est le seul produit où la tokenisation se traduit déjà en avantage concret : ticket de 1 €, pas de blocage, frais bas. C’est ce que je fais avec Spiko. Choisissez en connaissance de cause entre le fonds de bons du Trésor et le fonds à swap.

2. L’immobilier tokenisé, en petite poche ou pas du tout. Lisez deux fois la grille de frais, les conditions de sortie et la structure de détention. L’histoire de RealT suffit à rappeler que le rendement affiché ne vaut que ce que vaut l’opérateur.

3. Pour le reste, attendre. Les fonds obligataires et actions tokenisés finiront par arriver chez les particuliers européens. Rien ne presse.

La tokenisation change la tuyauterie de la finance. Elle ne change pas la règle de base : un bon placement, c’est d’abord un actif sain, un opérateur fiable et des frais raisonnables. Je mettrai cet article à jour quand un nouveau produit tokenisé deviendra réellement accessible en France.

Jim
Écrit par Jim — J’investis mon propre argent depuis 2015 et je partage ici mes avis, mes montants et mes résultats. À propos · Mes portefeuilles réels

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